Objets connectés et impacts environnementaux : Assistons-nous aux prémices d’un effet rebond ?

Nous l’avons vu, l’une des applications possibles de l’IoT domestique concerne la régulation de notre consommation d’énergie et d’eau. Selon les recherches du cabinet Fraunhofer, l’économie d’énergie réalisée grâce à l’IoT est d’en moyenne 15% pouvant aller jusqu’à 40%. Ces objets connectés réduisent les gaspillages, la surconsommation, permettent aussi de mieux consommer et de mieux recycler.

Image à la une : intérieur d’un data center (Spectrum.ieee.org)

Certes les objets connectés permettent d’éviter le gaspillage, de mieux consommer mais parce qu’ils sont connectés ces objets sont constamment reliés à un réseau, ils sont constamment en activité. Nous l’avons évoqué dans l’article précédent un objet mis en mode veille n’est en réalité jamais en veille. Finalement un objet connecté mis en mode veille consomme pratiquement autant d’énergie qu’en mode actif. Cette consommation est bien entendu incluse dans les 15% de réduction moyen dont nous parlions précédemment. Les consommateurs ont donc tout intérêt à complètement éteindre leurs appareils lorsqu’ils ne les utilisent pas afin de réduire davantage leur consommation. Les bénéfices liés à ces objets connectés ne concernent pas seulement l’énergie dépensée mais également la gestion des déchets, de l’eau. Ils concernent également la consommation hors foyers puisque les systèmes connectés permettent de réduire les gaspillages sur l’ensemble d’un réseau. On parle dans ce cas-là de Smart Grids rendant les réseaux électriques intelligents, optimisant ainsi la consommation énergétique d’un bâtiment, d’une ville ou d’un pays. Mais l’économie d’énergie que nous permettent les objets connectés compensent-elle les dépenses énergétiques inhérentes à ces appareils ?

Paradoxalement, les objets connectés sont très gourmands en énergie ; de leur fabrication jusqu’à l’entretien. Selon l’Ademe (Agence de la transition écologique), 10% de la consommation d’énergie mondiale est due au secteur numérique dans sa globalité. Les fournisseurs occultent généralement la consommation colossale d’énergie nécessaire à la production des objets bien évidemment mais aussi celle utilisée pour traiter la donnée. A savoir des millions de serveurs, des centaines de kilomètres de câbles, de fibres optiques, de box ADSL… Autant d’équipements qu’il faut fabriquer puis alimenter en électricité, ainsi que refroidir. 

L’AIE (Agence internationale de l’Energie) estime que si les fabricants adoptaient les technologies les plus efficaces ils pourraient réduire la consommation d’énergie de 65% sans pour autant réduire les fonctions des appareils. Fabriquer mieux pour consommer moins.

Un autre levier pour réduire l’impact environnemental de ces appareils est l’allongement de la durée de vie des objets connectés. Comme l’explique Frédéric Bordage (consultant chez Green IT) dans son analyse sur le cycle de vie des appareils numériques « c’est surtout la fabrication des équipements qui concentre les impacts environnementaux : épuisement des ressources naturelles fossiles, pollution des eaux, des sols et de l’air ». Pour réduire ces impacts il faudrait donc commencer par réduire la fabrication massive de ces appareils. Allonger leur durée de vie est essentielle quand on sait que la durée de vie des objets tels que les ordinateurs a été divisée par trois en 30 ans. Limitée l’obsolescence des objets passe par une conception des logiciels et applications plus raisonnée. Fournir des logiciels et applications qui se concentrent sur les fonctionnalités essentielles, non gadget, pour alléger les logiciels qui consommeront moins de ressources informatiques et perdureront dans le temps. En effet selon Frédéric bordage « l’obésiciel » ou surplus d’information numérique est le premier facteur d’obsolescence et un site allégé consommerait 219 fois moins d’octets. 

Ces données polluent-elles ? En principe non mais c’est leur stockage de plus en plus encombré qui pose problème sur la question de l’environnement. De plus en plus de de Data Centers voient le jour et alourdissent l’impact environnemental de l’IoT domestique. En France, par exemple, ces Data Centers ne consomment pas moins de 9% de l’électricité nationale. Pour tenter de pallier à cette surconsommation des Data Centers les fabricants ont trouvé des alternatives. La surconsommation énergétique vient notamment des systèmes de refroidissements des machines. Ce pourquoi la première action a été de remplacer les climatisations par l’air extérieur l’hiver ou bien de recycler les pertes énergétiques (sous forme de chaleur) dans d’autres domaines.

Qu’advient-il de nos objets connectés en fin de vie ?

Le cycle de vie des objets connectés n’a rien de d’exceptionnel et nous l’avons vu la fabrication et l’usage de ces objets sont des leviers importants sur l’impact environnemental. Mais que deviennent ces objets connectés? Sont-ils recyclés ?

Sachez dans un premier temps que la question est encadrée par des réglementations telles que les directives européennes sur la gestion des DEEE (Déchets d’Équipement Électriques et Électroniques) en fin de vie. Ce règlement s’appliquant aussi bien au producteur qu’au consommateur afin qu’ils réduisent leur DEEE. 

Même si certaines options existent : reprise d’anciens équipements, revente et reconditionnement (backmarket) ou recyclage par des entreprises spécialisées (Sécuris). Le traitement des déchets est un sujet finalement peu renseigné à l’échelle mondiale. Et les chiffres font peur ! Chaque seconde, 1,58 tonne de DEEE est jetée sur la planète. Et seulement 20% sont recyclés dans une filière conforme. Il est estimé qu’en France seulement la moitié de nos équipements suivent un parcours de recyclage adapté. Additionnons à cela une perdition lors du recyclage et une impossibilité technologique à recycler certains matériaux et nous obtenons un taux de recyclage dérisoire (de l’ordre de 3% du volume des smartphones-déchets par exemple).

Si les métiers de maintenance et de réparation ne suivent pas, les déchets de l’IoT seront d’autant plus considérables. Dans l’article numéro deux nous évoquions l’opportunité pour les fournisseurs de faire évoluer l’offre de service, voici une raison de plus de s’attarder sur les prestations de service. Il convient aux entreprises de fournir un modèle adapté pour développer et favoriser la maintenance et la réparation de leurs objets. Une façon supplémentaire de rallonger la durée de vie de nos objets. Il conviendra aux fabricants de fournir un procès de recyclage le cas échéant. 

Par ailleurs, ce n’est pas parce que vous donnez vos objets à des entreprises de recyclage que celui-ci sera recyclé. Certaines entreprises malhonnêtes envoient leurs déchets électroniques vers des décharges en Afrique. Les matériaux réutilisables seront triés grâce à une main d’œuvre locale compétitive. Tout ce qui reste sera considéré comme déchets pour être stockés en partie puis déversés dans les océans et mers. 

Ces effets rebond expliquent certainement la non réalisation de bénéfices environnementaux de l’IoT domestique. Car finalement la consommation énergétique globale (fabrication incluse) a de loin dépassé les économies imaginées initialement. Le grand défi des entreprises sera de penser à plus long terme et d’intégrer systématiquement l’écoconception dans leur cahier des charges.

Bibliographie

FF Domotique (2018). Etude sur l’impact du développement des objets connectés. (2018, 13 février). Consulté sur : https://www.ffdomotique.org/actualites/etude-impact-objets-connectes-5106 

Vogel, G. (2017). How Smart Homes help saving energy. Consulté sur : https://www.wespeakiot.com/how-smart-homes-help-saving-energy/ 

Campbell, K. (2018). IoT Devices will Lead to More E-Waste in the Future. Consulté sur : https://securis.com/iot-devices-will-lead-to-more-e-waste-in-the-future/ 

Tout savoir sur les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) | Recygo. (2020). Consulté sur : https://www.recygo.fr/blog/dossier/deee-professionnels 

Les Echos. (2019). Vers des data centers plus « verts » ? Consulté sur : https://www.lesechos.fr/partenaires/enedis-la-transition-connecte/vers-des-data-centers-plus-verts-1016045 

Campbell, K. (2018). IoT Devices will Lead to More E-Waste in the Future. Consulté sur : https://securis.com/iot-devices-will-lead-to-more-e-waste-in-the-future/ 

Objets connectés et environnement : que penser de l’éco domotique ? (2019). Consulté sur : https://selectra.info/domotique/guides/energie/environnement

[Image]. (2020). Green Data Centers. Consulté sur : https://bit.ly/3i1GDU4