Maison connectée du futur, un quotidien Black Mirroresque

Ces opportunités vont-elles nous mener vers une maison du futur, déshumanisée, robotisée, où nous serons sur écoute, où nous serons le produit, contrôlé par notre maison ? Serons-nous encore chez nous ? Imaginons dans un premier temps notre journée type dans une dizaine d’années si la maison connectée devenait un standard de vie. 

Image à la une : vue d’artiste symbolisant les interactions Homme-Machine et le transhumanisme (f-origin.hypotheses.org)

  • 7h30 : le réveil sonne au bon moment et en veillant à ne pas rompre mon cycle de sommeil. La musique du réveil est adaptée à la journée qui s’annonce et à mon humeur du jour. Le réveil sonne et automatiquement (puisse qu’ils sont connectés) machine à café, bouilloire, presse agrumes se mettent en route afin que tout soit prêt à temps…
  • 7h45 : … pour que lorsque je descende dans la cuisine je puisse, tasse à la main, regarder les informations du jour, sur mon Ipad qui se sera allumé à 7h50 comme tous les matins. Je regarde également le compte rendu de mes mails, messages, réseaux sociaux que mon IPad aura intelligemment dressé pour que je gagne du temps tout en mangeant mes tartines déjà grillées et mon orange pressée prête depuis 7h40. 
  • 8h00 : je remonte pour aller me doucher et me préparer sur le rythme de la musique ou ambiance que ma maison connectée aura choisie pour moi. Musique et lumière toujours en accord avec l’humeur et le temps à disposition avant de partir (si j’ai le temps = musique lente, si je suis pressé(e) = rythme qui s’accélère). 
  • 8h10 : je prends ma douche déjà chaude grâce à mon pommeau connecté qui aura programmé la température parfaite pour 8h10 l’heure à laquelle je me douche tous les matins. 
  • 8h18 : oui mon pommeau juge que 8 minutes est le temps adapté pour une douche respectueuse de l’environnement. Je me lave les dents avec ma brosse à dents connectée devant mon miroir connecté qui me présente le programme de la journée : meeting, réunion, to do, confcall…
  • 8h25 : mon dressing connecté choisira pour moi la tenue appropriée à la journée qui m’attend. Un costume bleu si je vais voir mon fameux client qui adore le bleu ou une tenue casual chic si j’ai une journée sans rendez-vous. « N’oublie pas ton parapluie : de la pluie est annoncée entre 17h et 19h30 ». 
  • 8h30 : prête à partir. Pendant que la voiture sort seule du garage je vérifie que toutes les portes et fenêtres sont bien verrouillées via mon application smartphone. Comme tous les matins ma maison est automatiquement verrouillée vers 8h30 au moment où je monte dans ma voiture mais je préfère vérifier sur l’application. 
  • 19h00 : fin d’une journée de travail connectée. Je rentre chez moi dans une ambiance calme et apaisante grâce à ma lampe, mon enceinte connectée et mon diffuseur d’huiles essentielles qui se mettent en marche lorsque je passe la porte de la maison. Comme tout est connecté et que mon smartphone a suivi ma journée stressante et intense mon ambiance d’intérieur est programmée pour que je puisse me détendre parfaitement en rentrant chez moi. De plus, ma maison est parfaitement propre, mes plantes ont été arrosées je n’ai rien à faire puisque tous mes robots et arrosoirs connectés ont travaillé pour moi. 
  • 20h15 : mon application me prévient que c’est le moment idéal pour passer à table car mon corps à besoin d’un apport calorique. Je regarde sur mon réfrigérateur connecté la recette du soir proposée en fonction des aliments à consommer en priorité. Je déguste un délicieux repas que j’ai cuisiné à l’aide de tous mes outils connectés.
  • 21h00 : dernière assiette posée dans le lave-vaisselle, l’eau est déjà chaude puisque ma bouilloire est connectée. Je peux prendre ma tisane devant ma télévision connectée qui aura sélectionné pour moi le programme adapté pour que je passe un bon moment et la juste durée afin de respecter mon cycle de sommeil. La température et lumière de la maison sont parfaites car mon thermostat est bien réglé. 
  • 22h30 : je me couche sereinement dans mon lit connecté qui m’aidera à dormir dans les meilleures conditions. 

J’ai hâte d’être à demain car c’est le week-end et que ma tondeuse à gazon connectée aura coupé l’herbe et enlevé les feuilles afin que les amis que j’ai invité pour le barbecue puissent profiter d’un jardin propre. Ma playlist sera parfaitement choisie puisque mon enceinte connectée s’adapte à la réaction de mes convives. Elle aura entendu Antoine, mon beau-frère dire « J’adore cette chanson », l’enceinte connectée proposera des musiques du même style sans que je m’en soucis. La viande sera parfaitement cuite puisque mon barbecue saura m’indiquer la cuisson parfaite selon le type de viande, son poids et les préférences de mes convives. 

« Quelle belle semaine sans encombre puisque tout a été réfléchi pour moi ! »

Quelle tristesse d’écrire et d’imaginer cette journée finalement pas si éloignée de la réalité. Dans cette petite routine imaginée à partir des fonctionnalités connectées qui existent sur le marché on se rend compte que d’ici quelques années cette routine pourrait bien être la nôtre et celle de toute la population. Quelle tristesse d’imaginer une journée comme celle-ci ou in fine l’homme ne décide plus grand-chose. Une caricature peut-être pour certains, une réalité selon moi qui arrive à grands pas.

Réfrigérateurs, radiateurs, portes, fenêtres, lits, tv, lampes… mais est-ce que tout va être connecté ? Est-ce que nos animaux de compagnie vont finir par être connectés ? Dans un sens oui si leur collier sont connectés. De plus, dans quelques années notre chien ou chat sera probablement remplacé par des robots de compagnie, qui sauront tout faire. Prenons l’exemple de Buddy Robot créé par Blue Frog Robotics, (une entreprise française). Buddy peut comprendre nos émotions, il peut les ressentir. Ce robot peut interagir avec les occupants d’une maison, jouer avec des enfants, leur raconter des histoires, nous divertir, faire le ménage, faire office de centrale/hub pour tous nos objets connectés. Finalement Buddy et son intelligence artificielle tend à remplacer tous les objets classiques que nous possédions mais aussi nos animaux, notre femme de ménage ou encore notre nounou. 

Buddy n’étant pas un humain il est bien contrôlé ou surveillé par quelqu’un. Ce quelqu’un ce n’est pas nous, malgré ce que nous pensons ! Nous sommes son propriétaire mais son réel « maître » est l’entreprise qui l’a créé, l’a programmé pour récolter toutes nos données, nos informations et qui va les traiter. 

Comme pour ce robot le problème de nos futures maison connectées sera la réelle intention des fabricants. Un autre exemple de la gourmandise voire la manipulation des fabricants pour récupérer nos données ; La poubelle connectée. Elle nous permet de scanner nos déchets pour mieux recycler. En fait cette poubelle nous fait miroiter que nous recyclons mieux en scannant nos articles. En réalité elle enregistre nos données pour ainsi connaitre la façon dont nous consommons. En nous récompensant pour tous nos déchets scannés l’entreprise nous incite à scanner même quand cela ne nous sert à rien. Cette poubelle, à terme, saura combien de plaquettes de beurre et de paquet de Granolas nous consommons chaque semaine et pourra revendre ces données aux industriels. Les intentions des fabricants sont-elles vraiment de nous faciliter la vie ou de faire de nous un produit qu’elles revendent ? 

Parfois certaines entreprises, comme pour la poubelle connectée, ne nous apportent pas de valeur ajoutée, encore moins à long terme. Dans ce cas, pas si particulier, nous sommes en réalité le produit pour les fabricants et ils nous revendent sous forme de données. Se pose alors la question d’une éventuelle rébellion des « consommateurs produits ». Grâce à nos interviews et nos échanges personnels sur le sujet nous nous sommes rendus compte que certaines personnes ignoraient que nos enceintes enregistraient nos conversations. D’autres ignoraient que ces données étaient étudiées ou vendues. Peu de personnes se doutent que les entreprises jouent la carte du connecté dans l’intention seulement de revendre des données par la suite. De plus, nous ignorons encore beaucoup de la surveillance que les consommateurs subissent via ces objets connectés, les futures possibilités qu’auront les fabricants d’objets connectés à entrer dans notre quotidien. Que se passera- t-il pour ces fabricants si leurs consommateurs s’indignent de ses pratiques ? S’ils se rebellent ? A l’inverse si les fabricants parviennent à nous contrôler, à faire du chantage, à influencer notre quotidien à distance par le biais d’objets connectés. Imaginez, par exemple, que les entreprises puissent diffuser des publicités spontanées en direct selon ce que nous faisons chez nous via le robot connecté. Imaginez que les entreprises puissent voir et écouter notre quotidien et répondre en direct à nos besoins. Un scenario Black Mirroresque finalement pas si loin de la réalité. Des scénarios qui font peur et qui montrent un futur déshumanisant. Est-ce qu’on ne se rapprocherait pas d’une certaine manière à la situation décrite dans le film d’animations Wall-E où les hommes sont connectés de toute part et totalement déshumanisés. 

A travers ce court extrait, on se rend compte de la dépendance de l’homme au numérique, au tout connecté. En effet, dans les scenarios que nous décrivions auparavant nous n’évoquions pas la dépendance possible de l’homme à tous ces objets. Quelles peuvent être les conséquences de cette ultra dépendance au numérique ? Ces objets connectés appliqués à la domotique sont censés nous rendre autonomes et nous faciliter la vie mais paradoxalement ils nous rendent dépendants puisqu’en ne nous reposant que sur la technologie pour des actions du quotidien (lumière, thermostat, GPS…) nous ne nous soucions plus de rien. Nous finissons par ne plus savoir réaliser des tâches basiques. Les générations qui naissent dans un monde automatisé n’auront jamais à se soucier de lire une carte ou de savoir comment régler le thermostat. Ces objets avec lesquels nous sommes nés sont parfois si intrusifs qu’ils impliquent une infantilisation du consommateur. A termes cette dépendance nous rendrait incapables de prendre soin de nous-même sans l’aide de nos assistants numériques. Cette dépendance est une réalité ! En 2014 un homme d’une trentaine d’années était admis en centre de désintoxication suite à des comportements incohérents liés à son addiction aux Google Glasses. 

Cachés sous des envies d’écologie, d’économie, vendus pour nous faciliter la vie ces objets du quotidien finiront par nous aliéner. Pour l’instant ils effraient et ont du mal à être acceptés par les consommateurs encore frileux vis-à-vis de l’IoT domestique. 

Bibliographie

Maison et objets connectés ? Espionnage à tous les étages ! (2016). Consulté sur : https://blogs.cotemaison.fr/ladecodefelicie/2016/12/05/maison-et-objets-connectes-espionnage-a-tous-les-etages/

La maison connectée du futur : que peut-elle nous réserver ? (2017). Consulté sur : https://www.frandroid.com/produits-android/maison-connectee/445288_la-maison-connectee-du-futur-que-peut-elle-nous-reserver

M. (2017). Les objets connectés comme source de dépendance et d’addiction ? Consulté sur : http://www.drogues-dependance.fr/les-objets-connectes-comme-source-de-dependance-et-daddiction.html

[Vidéo] Contact humain (WALL-E). (2011, 11 mai). [Fichier vidéo]. Consulté sur :  https://www.youtube.com/watch?v=gUuoa809Ccw

[Image]. (2020). Dépendances et IoT. Consulté sur : https://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/4042/files/2019/05/transhumanisme-droit.jpg